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Bénin: la nouvelle Assemblée nationale prend ses marques en attendant sa légitimité

Léonce Gamai
publié le 18 septembre 2019

Trois mois après son installation, la nouvelle Assemblée nationale du Bénin dirigée par le progressiste Louis Vlavonou a pris ses marques à travers vote de lois, audiences, désignation dans les institutions, missions à l’étranger. Mais le débat sur la légitimité de ce Parlement issu des élections législatives controversées du 28 avril 2019 reste entier.

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Elle est installée, agit, mais doit encore se faire accepter. Issue des élections législatives les plus controversées de l’ère du renouveau démocratique instaurée en 1990, l’Assemblée nationale, 8ème législature, a bouclé ses 100 premiers jours le 26 août 2019. Le climat très tendu de son avènement a été marqué par l’absence de l’opposition aux élections législatives du 28 avril 2019, le taux de participation de 27%- le plus bas du renouveau démocratique- la violence post-électorale avec à la clé des dégâts et des morts. Entièrement constitué de députés pro-Talon, le Parlement présidé par Louis Vlavonou avait été installé le 16 mai 2019, sous haute surveillance militaire, avec un gros handicap: sa légitimité. «Nos délibérations doivent nous rendre témoignages à travers des lois de bonne facture et un contrôle régulier de l’action gouvernementale. Une proximité avec notre base est aussi un gage de respect à ce peuple qui a besoin d’être rassuré. J’ai tout de même foi qu’il n’y a pas d’autorité qui ne vienne de Dieu et celles qui existent ont été mises en place par Dieu», promettait Louis Vlavonou dans son tout premier discours de président de l’Assemblée nationale, mi-juillet 2019. «Je voudrais vous inviter maintenant à nous tourner vers l’avenir dans un esprit patriotique en vue de la construction de la cohésion sociale et de l’unité nationale de notre pays», lançait-il aux parlementaires. 

Les marques Vlavonou

En trois mois, le nouveau chef du Parlement a imprimé ses premières marques à l’institution qui a déjà adopté plusieurs lois. «Il y a eu la reprise de la cérémonie des couleurs, le contrôle des présences et la ponctualité au poste effectué plusieurs fois par les questeurs puis après par le président qui est descendu lui-même dans les bureaux pour s’enquérir des conditions de travail, des redéploiements avec à la clé plusieurs nominations de cadres à l’interne  comme pour témoigner de la confiance faite aux fonctionnaires parlementaires, puis le dialogue avec le syndicat des travailleurs et les autres groupes professionnels constitués de l’Assemblée nationale», énumère un membre du cabinet du chef du Parlement. Concernant la diplomatie parlementaire, Louis Vlavonou a participé en juillet au deuxième forum international sur le développement du parlementarisme tenu à Moscou et à l’Assemblée générale de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie, à Abidjan. La nouvelle Assemblée nationale mentionne également le discours à l’hémicycle du président indien, Ram Nath Kovind, en visite officielle au Bénin, fin juillet. «Depuis l’avènement du renouveau démocratique instauré chez nous à partir de l’historique Conférence des forces vives de la nation en 1990, c’est pour la quatrième fois qu’un hôte de marque, un Chef d’Etat, se rend à l’Assemblée nationale du Bénin», s’enorgueillit-on dans l’entourage du bureau.

Sur le volet gouvernance, la huitième législature révèle sa célérité dans le travail. «En témoigne le vote du budget du parlement déjà le 08 aout, l’installation des organes de gestion du parlement notamment les groupes parlementaires et les commissions, etc…dès le premier mois, les désignations dans les parlements régionaux et autres organes de l’Etat (HAAC, COS-LEPI, CBDH)», détaille-t-elle. «Une fois installés, il fallait que les populations aient confiance en nous. Quelque part ce premier défi a été réalisé», assure la vice-présidente, Mariam Chabi Talata. «Notre parlement est en train non seulement de démontrer aux Béninois mais aussi à la sous-région, pourquoi pas au monde entier, que nous sommes un parlement responsable, légitime. Nous avons défié la fatalité. Nous avons fait en sorte que le Bénin reste debout», insiste la N°2 du Parlement.

…en attendant la légitimé…

«Je ne sais pas si le parlement actuel est capable de faire quelque chose pour gagner la sympathie du peuple béninois. Il me semble plutôt que le mal est profond et presque congénital car les conditions de sa naissance sont douloureuses et dramatiques. Ces conditions sont celles d’un recul démocratique», rétorque Joël Aïvo, professeur titulaire de droit public, dans une interview au journal La croix du Bénin fin août. «La visite d’un hôte de marque, la reconnaissance par un président d’Assemblée d’un pays voisin, la participation de ces députés aux travaux d’un parlement régional, ne remplacera pas l’onction nécessaire du peuple béninois à ses représentants», ajoute ce constitutionnaliste et acteur majeur du débat public au Bénin. «Dans une démocratie moderne comme la nôtre, a priori, la légitimité est dans les urnes et pas ailleurs. Le défaut de légitimité par le processus électoral, mode de dévolution de pouvoir et de représentativité par excellence, restera une tache indélébile dans l’apparat de la 8e législature», renchérit Djidénou Steve Kpoton, juriste Internationaliste, consultant junior en affaires politiques et gouvernance démocratique.

…et le contrôle de l’action gouvernementale

Selon l’article 79 de la constitution béninoise, l’Assemblée nationale a deux prérogatives. Le vote des lois et le contrôle de l’action gouvernementale. A l’égard du régime Talon, la 7ème législature s’était illustrée par sa faiblesse en matière de contrôle de l’action gouvernementale. Dans son discours à la nation du 20 mai, le chef d’Etat, Patrice Talon exhortait la nouvelle Assemblée nationale à un «contrôle méthodique et rigoureux» de son gouvernement. En trois mois, le Parlement Vlavonou est resté inactif en la matière.

«Le fait même que ce soit le Chef de l’Etat qui invite les députés au contrôle des actions du gouvernement est déjà un sérieux problème. Peut-être qu’il ne les voit pas capables de le faire et il veut juste se dédouaner publiquement pour ne pas porter le chapeau», analyse Steve Kpoton. «Je suis très réservé sur ce point précis. Mais comme on dit, en politique, l’impossible est possible», projette-t-il. «La seule action positive qui marquera le point de départ de cette législature c’est que le peuple retrouve sa démocratie à travers son parlement. La survie de notre démocratie en dépend. Pour l’instant, nous avons des citoyens qui portent le titre de député et qui sont installés au palais des gouverneurs à Porto-Novo. Mais pas un parlement», assène le consultant junior en affaires politiques et gouvernance démocratique.


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