POLITIQUE 1 Commentaire

Bénin : 17 péchés du pouvoir Talon relevés par les forces de la Résistance

Banouto
publié le 13 octobre 2019

Les forces de la résistance nationale ont fait 17 reproches au régime du président Patrice Talon. Conclusion de leurs assises nationales tenues à Cotonou les 10 et 11 octobre 2019, sous la houlette de l’ex-Chef d’Etat béninois, Nicéphore Dieudonné Soglo. Extrait du rapport !

nicephore-soglo-ex-president-du-benin Nicéphore Dieudonné Soglo

 

Extrait 

ATELIER LIBERTÉ, DÉMOCRATIE ET ÉTAT DE DROIT:

Les délégués ont analysé la situation politique à l’aune des engagements forts consignés dans le préambule de la Constitution, des principes et des dispositions contenus dans les lois organiques sur chacune des Institutions constitutionnelles et des actes posés par le Président de la République Monsieur Patrice TALON depuis le 06 avril 2016. Ils ont également examiné et débattu des conditions de désignation des membres de l’actuelle Cour Constitutionnelle et ont évalué sa responsabilité dans le recul démocratique de notre pays, l’incapacité de plus en plus inquiétante de nos institutions à accomplir en toute indépendance leurs missions constitutionnelles. Les délégués ont examiné plusieurs communications sur les libertés, les valeurs et les principes démocratiques, le rôle du pouvoir législatif, l’organisation d’élection inclusive, le consensus comme valeur constitutionnelle et la notion de dialogue politique.

Aux termes des débats, les délégués ont noté le constat que notre Constitution est le produit d’un " Consensus", un véritable bréviaire du peuple, le socle sur lequel se fonde  notre vivre ensemble et qui ne peut subir de modification que par la  volonté de l’ensemble de notre Peuple.

Considérant d’une part,

1- Que depuis le 06 avril 2016, les Gouvernements successifs du Président Talon ont remis en cause ce patrimoine et brisé toutes les « lignes rouges » tracées par notre peuple et consacrées dans la Constitution du 11 décembre 1990 que Monsieur Patrice TALON s’est pourtant engagé par serment à respecter;

2- Que de son seul fait et par sa responsabilité, le Président TALON a instauré contre les lois de la République et malgré l’opposition de notre peuple, un pouvoir antidémocratique assis sur la vassalisation des  institutions détournées de leurs missions et transformées  en un instrument de soumission de l’État à sa volonté. C’est ainsi que peut être compris d’abord, l’alignement de l’Assemblée nationale dont la complicité a permis de voter en deux ans et demi plusieurs lois liberticides et de régression sociale;  ensuite, celui de la Cour Constitutionnelle dont l’activisme maladroit a aidé le Chef de l’État à remettre en cause nombre d’acquis démocratiques ; enfin, l’instrumentalisation des cours et tribunaux tenus en laisse par le Président Talon et ses gardes des Sceaux, manipulés à volonté et dressés contre opposants, syndicalistes, adversaires personnels, et pire contre de braves citoyens qui expriment leurs indignations;

3- Que par cette politique de manipulation et de détournement des contre-pouvoirs constitutionnels, le chef de l’État a vidé de leur substance les libertés fondamentales consignées dans notre Constitution : liberté d’association et de manifestations pacifiques; liberté de presse avec fermeture arbitraire par la HAAC de médias indépendants, de radios, le brouillage des ondes et le piratage des chaines de télévision etc. interdiction des journaux à lignes éditoriales indomptables ( comme ce fût le cas du journal Nouvelle Tribune et l’asphyxie de TVC ); interdiction du droit de grève ; du droit de suffrage avec les lois portant charte des partis politiques et code électoral qui excluent le citoyen ordinaire et les représentants des couches moyennes et défavorisées du droit d’élire et d’être élu à des postes de représentation nationale au prix de cautions astronomiques et d’exclusion.

4- Que découlant de cette mainmise sur les institutions démocratiques, notre pays est progressivement devenu une prison à ciel ouvert où une chasse méthodique est donnée aux opposants politiques sous le camouflage d’une prétendue lutte contre la corruption;

5- Que le Président de la République a, à cet effet, en violation du droit international, de la Constitution de notre pays et des grands principes judiciaires, créé de toutes pièces la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), une juridiction d’exception, rétrograde, dont la mission est de faire condamner et emprisonner les opposants politiques;

6- Que la Cour Constitutionnelle, clé de voûte de notre régime politique et dont la fonction constitutionnelle est de réguler le fonctionnement des Institutions est transformée en un appendice à la solde du pouvoir et de sa majorité validant les lois les plus liberticides, au mépris du bon sens et  des règles élémentaires du droit.

7- Que dès lors, cette Cour, à composition politique monocolore qui s’est délégitimée et désacralisée aux yeux des Béninois, est désormais disqualifiée pour dire le droit, pour réguler le fonctionnement de nos institutions démocratiques et surtout discréditée pour proclamer les résultats de quelque élection que ce soit au Bénin.

Considérant d’autre part,

1-Que le régime du Président TALON s’est installé sur un tissu de conflits d’intérêts, d’accaparement par un clan des biens de l’État au détriment des braves citoyens. Il en a été ainsi de l’achat par le chef de l’État, alors que l’État béninois n’était pas vendeur, de l’immeuble servant de résidence officielle aux Ministres des Affaires étrangères. C’est aussi le cas de ces exonérations fiscales accordées par le Gouvernement aux entreprises ayant appartenu au chef de l’État, ou contrôlées, voire dirigées par ses proches pendant que le peuple est accablé par les augmentations d’impôts, de taxes et charges diverses (frais d’inscription et péage).

2-Que le Président Talon a planifié, conduit et réalisé une véritable main basse  sur le Bénin, son économie et ses secteurs vitaux. Les conditions dans lesquelles le Port Autonome de Cotonou a été concédé au Port Belge d’Anvers en disent long. Ce même port qui est le poumon de notre économie est livré à Bénin Control. Le positionnement d’ATRAL, et de Bénin  Control qui sont des entreprises appartenant au clan du chef de l’État crèvent les yeux.

3- Que, pour faire le lit à ses entreprises   et accroître leur contrôle sur les secteurs vitaux de l’économie, le Président de la République a procédé à un démantèlement systématique ou orienté dans l’administration publique, poussant à affaiblir les fonctionnaires et à détruire les structures de contrôle de l’État au profit des entreprises lui ayant appartenues personnellement ou appartenant à ses proches. Ainsi au Port et à nos frontières, la douane est placée sous la tutelle de la société ”Benin Control”. Dans le secteur agricole, la SONAPRA, l’ONASA sont purement et simplement liquidés pour laisser l’AIC opérer. A l’Aéroport de Cotonou, SECURIPORT est dégagé au profit de MORPHO-DYS appartenant à l'un des alliés du Chef de l'État. Et pour tout clore, le Partenariat Public-Privé est en train de faire de notre pays une vache à lait;

4- Que le pouvoir de la Rupture est de tous les pouvoirs connus dans notre pays depuis 1960, le plus antisocial, vouant à l’égard de notre peuple en général, mépris et condescendance, et en particulier des plus déshérités, indifférence et cynisme;

Considérant enfin:

1 - Que le 11 avril 2019, le Président TALON a revendiqué à l’occasion d’une émission radio - télévisée de circonstance la responsabilité personnelle, la sienne propre de l’organisation et de la tenue d’une élection législative pour les seules deux formations politiques instiguées par lui en excluant toutes les autres;

2 - Que tous les Présidents d’Institutions ont soutenu cette grave décision par laquelle tous les 83 sièges sont attribués à des personnes soutenant toutes l’action du Président Patrice TALON. Ce faisant, la démocratie béninoise est vidée de son essence avec la confiscation du pouvoir législatif par une fraction du peuple, la mouvance présidentielle.

3 - Que le 28 avril 2019, le peuple, à la suite de l’Opinion publique et de la communauté internationale a rejeté par un taux d’abstention de plus de 90% hors les urnes ce coup de force électorale de privatisation du pouvoir législatif.

4 - Que 1er mai 2019 les travailleurs ont été violentés au siège de leurs syndicats et dans la foulée la résidence de l’Ancien Président Boni YAYI a été encerclée par une horde des forces de la Police et de l’Armée nationales.

5 - Que le Président Talon a recouru à la force et à l’utilisation criminelle des armes de guerre contre les populations qui protestaient contre les dérives autocratiques de la rupture suite à l’exclusion électorale de l’Opposition. Pour la première fois dans notre pays qui a pourtant connu dans son histoire six coups d’Etat militaires sans effusion de sang, des citoyens ont été froidement abattus et les dépouilles mortelles confisquées. Il en été ainsi les 1er et 2 mai 2019 à COTONOU, à  KANDI, à PARAKOU, les 09 et 10 juin 2019 à TCHAOUROU, à SAVE et environs. Plusieurs blessés et traumatisés ont été enregistrés.

6 - Que depuis lors, bon nombre de jeunes des différents partis politiques d’opposition sont arrêtés et croupissent en prison sous différents prétextes : « port de bandeau rouge au front » comme à Parakou, « participation au mouvement de Cotonou les 1er et 2 mai 2019 », « attroupement non armé non autorisé ». Et même certains arrêtés le 26 avril 2019 sont toujours emprisonnés comme des prisonniers de guerre alors qu’ils n’étaient porteurs d’aucune arme et sont mis sous instruction comme de vulgaires criminels.

L’Atelier a noté les manœuvres de déstabilisation que couvent les concertations des 15 juillet 2019 au Palais de la Présidence de la République et des 10, 11 et 12 octobre 2019 au Palais des Congrès dans des formats qui n’ont aucun point commun avec un dialogue politique inclusif. L’atelier a également constaté la création de nouveaux partis politiques apparemment des mutants politiques de la même mouvance créés dans le but de la promotion occulte d’Oppositions politiques factices.

Enfin, l’Atelier a examiné les contenus de toutes les correspondances adressées au Président TALON depuis le 19 février 2019 par l’Opposition et les a confrontés avec son attitude personnelle et les actes de son Gouvernement. Il ressort de cet examen que sans y être contraint par une farouche détermination de l’ensemble du peuple et des forces démocratiques soucieuses de la restauration du modèle démocratique béninois, le pouvoir du Président Talon n’est pas de nature à s’engager dans un dialogue politique inclusif que notre Peuple et l’ensemble de la Communauté internationale attendent avec impatience.

Les Assises de la Résistance Nationale au regard de tout ce qui précède relèvent le contraste entre le discours prononcé par le Président TALON le 20 mai 2019 et le manque d’empressement qu’il affiche dans les engagements politiques qui sont les siens en vue de la réalisation des conditions propices à un dialogue politique inclusif à l’effet d’un règlement pacifique de la crise politique meurtrière dont lui et son Gouvernement sont les seules responsables. ( cf. Vidéos, audio, témoignages ).

Les Assises de la Résistance Nationale relèvent que c’est au bénéfice de sa déclaration d’un dialogue franc et sincère que les recommandations 45, 46 et 47 sur la situation politique du Bénin tirées du Communiqué final du 55è sommet de la CEDEAO ont été prises en juin 2019 à ABUJA.


  • sultan aziz
    il y a 1 mois

    en lisant ce réquistoire...de la résistance...moi le sultan aziz...je n'ai plus les raisons objectives..d'opiner,..sur les réseaux sociaux Je dirai...que mes pensées...sont traduites...par les voix autorisées.. Je m'en félicite..