Guinée-Bissau: un complot serait-il dirigé contre la démocratie ?

Agbo Shegun (Afrique Union)
publié le Jan 19, 2020

La Guinée-Bissau n'est pas loin de risquer une nouvelle tourmente. Et pourtant, on la croyait bien conjurer, cette longue crise politique dans laquelle bascula le pays avec la tenue en décembre dernier de l'élection présidentielle.

guinee bissai Domingos Simões Pereira n'est-il pas victime d'un complot contre la démocratie en Guinée-Bissau?

 

Depuis la proclamation des résultats provisoires et finalement définitifs vendredi dernier par la Commission nationale électorale (CNE), la fièvre monte. Ces résultats donnant la victoire à Umaro Sissoco Embaló (53,55%) contre son rival, Domingos Simões Pereira (46,45%) sont fermement contestés par le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), qui a déposé dès lors auprès de la Cour Suprême un recours en annulation du second tour le 03 janvier 2020 de la Cour suprême. Le parti dénonce notamment des fraudes, des manipulations et des irrégularités dans le comptage des suffrages exprimés.

Dans son verdict rendu 12 janvier, la juridiction suprême a révélé que les contestations du candidat malheureux auraient dû être consignées immédiatement dans les bureaux de vote où les irrégularités et les nullités ont été constatées.

Sans se prononcer sur le fond, la Cour Suprême réclame par contre à la CNE l'intégralité des Procès-Verbaux (PV) dont la compilation a justifié la publication des résultats provisoires. Mais, intriguant fut de constater que la CNE a été incapable de produire un procès-verbal contenant "les résultats obtenus, les plaintes, les protestations et contre-protestations présentées" tel que stipulé par l’article 95 de la loi électorale de Guinée-Bissau. Du moins plus d'une semaine après. Et quand elle s'est tristement résolue à le faire, la compilation finale envoyée à la Cour Suprême n'a guère reçu la caution approbative de la majorité de ses membres. 8 membres sur 10 ont refusé d'apposer leur signature sur ce procès-verbal antidaté au 01 janvier 2020 alors qu’il n’a été réalisé que le 14 Janvier 2020 contrairement à la loi électorale.

Plus grave, les résultats définitifs ont été annoncés ce vendredi sans que la Cour Suprême ne s'est prononcée sur le fond. Bouffonnerie institutionnelle ou imbroglio politique ? Plus exactement, tout porte à croire qu'un complot bien orchestré est dirigé contre la stabilité institutionnelle de la Guinée-Bissau et plus précisément contre Domingos Simões Pereira, candidat investi par le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC). La Guinée-Bissau va dans l'avenir à reculons. Car, en proclamant ainsi les résultats définitifs, alors même qu’une plainte a été déposée par l’un des candidats devant la juridiction suprême, la CNE a méprisé de façon flagrante les règles juridiques et la jurisprudence électorale. Le 29 décembre dernier semble un vaudeville électoral organisé par certains pour prendre revanche sur la paix et la Constitution. D'ailleurs Umaro Sissoco Embaló s'est engagé dans une tournée internationale en tant que nouveau président de la Guinée-Bissau avant même la proclamation définitive des résultats.

L’emballement hâtif de la Communauté des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) aidant, il est à observer que le mal vient de loin. La manipulation et la fraude sont érigées en principes et la désinformation étouffante sert de méthode. C'est à croire que des forces exogènes

Domingos Simões Pereira et le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) refusent de cautionner un certain requiem de la démocratie ce pays. C'est pour cela que dans sa deuxième lettre aux juges de la Cour Suprême, il formule cinq (05) préconisations essentielles dont la prééminence et la validité juridiques restent incontestables : un nouveau recomptage des voix, une l'annulation technique et juridique des résultats provisoires du 2ème tour, la nomination d’un Président Provisoire de la République en l’occurrence, le Président de l’Assemblée Nationale et enfin le remplacement sine die du Président sortant qui reste déstabilisant pour la solidité institutionnelle et la stabilité souveraine de la Guinée-Bissau.

Heureusement ! Les juges de la Cour Suprême ont refusé de prolonger le piétinement de la démocratie en cours par la Commission nationale électorale (CNE) au risque d'entretenir un modèle politico social empoisonné pour la Guinée-Bissau. Car, à l'issue de sa plénière de ce vendredi, les juges ont annulé les résultats définitifs donnés un peu plus tôt dans la journée par la Commission nationale électorale (CNE). Une décision qui démontre à souhait que la proclamation des résultats provisoires est en vérité entachée de vices, d'irrégularités et de fraude. Le deuil de la transparence mettait en berne la cohésion et la souveraineté nationale du pays. Arrivé en tête au premier tour de l’élection présidentielle du 24 novembre avec 40,13 % des voix contre 27,65 % pour Umaro Sissoco Embaló, le leader du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) a confirmé au second tour cette confortable avance que tente vaille que vaille de remettre en cause la CNE à la solde du cafouillage.


  • Zendelaye bissau
    il y a 5 mois

    Bel article relatant exactement la réalité politique en Guinée bissau.

  • Zzgna
    il y a 5 mois

    Très intéressant

  • Touradou
    il y a 4 mois

    Honte a maky sale