POLITIQUE

Parrainage présidentielle 2021 Bénin: craintes et requêtes de la société civile en 5 points

( words)

Président de l’Ong Changement Social Bénin, Ralmeg Gandaho est aussi membre de l’initiative ''Laissez-moi choisir 2021’’. Dans un entretien accordé Banouto, il revient sur les fondements de ce plaidoyer de la société civile béninoises pour des élections inclusives en 2021.

ralmeg

Vous êtes membres d’une initiative qui a été lancée il y a plusieurs semaines : ‘’Laissez-moi choisir 2021’’. C’est un plaidoyer de la société civile à l’endroit du chef de l’Etat. Dans votre plaidoyer vous demandez une suppression en urgence du principe de parrainage afin de permettre à ce que les élections soient suffisamment ouvertes. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

‘’Laissez-moi choisir 2021’’ est une initiative portée par toute la société civile béninoise. On peut dire que c’est la plus grande mobilisation de la société civile jamais connue autour d’une cause depuis que moi je suis à la société civile béninoise. C’est une initiative suffisamment inclusive et qui voudrait simplement remonter une doléance citoyenne. Toutes ces structures réunies au sein au de LMC2021 ont reçu assez de plaintes ou assez de requêtes ou assez d’interpellations de citoyens par rapport au contexte politique actuel.

Qu’il vous souvienne que tous les citoyens béninois ont suivi avec doute la finalité des réformes législatives par rapport au système partisan. Nous avons eu des modifications successives de lois organisant tant le système partisan que les élections. La dernière modification date de juin 2020 et concerne la modification du code électoral en plein processus électoral. Avec les résultats issus des élections communales et municipales, on a constaté que sur les 160 parrains prévus par le code électoral, 96, 25% sont du côté du chef de l’Etat.

Le parrainage, dans la lecture neutre de l’article 132 du code électoral, le dernier tiret, ne devrait pas poser problème. Mais la modification du code électoral en juin 2020 a été motivée en plénière au parlement, dans les justificatifs de plusieurs députés, par le fait qu’il fallait suffisamment contenir les velléités de certains élus communaux qui voudraient déjà se prédisposer au parrainage en 2021.

Que de ce point de vue, il fallait que les partis politiques maitrisent et aient la capacité de décider de qui peut être maire dans telle commune ou telle commune. Sans pudeur, des parlementaires l’avaient clairement expliqué. 

A partir de là, notre inquiétude a suffisamment grimpé. Nous avons constaté que le parrainage s’éloignait d’un parrainage individuel et devenait progressivement un parrainage institutionnel. Autrement dit la volonté des élus se rapportait à la volonté de leurs partis politiques. Là, il était clair pour nous donc que le parrainage posait un problème du moment où les deux partis politiques au Parlement, tous de la majorité présidentielle ont à eux seuls 96, 25% des élus.  

Lorsque vous avez un cadre légal électoral dans un contexte politique pareil, vous avez une autre lecture de l’article 132, dernier tiret du code électoral. C’est fort de cela que nous avons tiré sur la sonnette d’alarme en rappelant vraiment qu’il y a péril parce que à cette allure, nous n’aurons pas la capacité de choisir en 2021.

Car, les 96, 25% d’élus de la majorité présidentielle vont parrainer des candidats qui seront estampillés certainement de la majorité présidentielle et la compétition entre ces candidats de la majorité présidentielle ne peut être considérée comme une compétition démocratique du moment où ils ne peuvent pas entre eux candidats de la majorité présidentielle avoir des contre offres par rapport à la gouvernance en cours. Il faut bien que l’échéance 2021 offre une perspective d’alternance aux citoyens.

Même si l’alternance n’est pas certaine il faut bien qu’il y ait une offre de perspective d’alternance aux citoyens. C'est possible que la majorité présidentielle en l’état revienne en 2021 avec 90% de suffrages exprimés. C’est tant pis ou tant mieux mais il faut que les citoyens aient le choix entre ceux qui ont gouverné pendant 5 ans le Bénin et un programme alternatif.  

Nous avons demandé carrément et simplement la suppression des dispositions liées au parrainage dans le contexte qui est le nôtre. Il ne faut pas détacher le contexte de l’article 132 du code électoral, dernier tiret. Il ne faut jamais le détacher du contexte politique. Le détacher du contexte politique revient à biaiser.

Comme on ne peut jamais chasser le naturel sans revenir au galop, vous avez suivi la réaction de l’honorable Abdoulaye Gounou à l’issue de la lecture de ces dispositifs par la CENA à la classe politique. Il a tout simplement confirmé les craintes qui étaient les nôtres en insistant sur le fait que les élus qui devraient parrainer avaient un rattachement à leur parti politique considéré comme institution.

Actuellement, le débat qui est en cours est le suivant : Sommes-nous toujours dans un parrainage individuel neutre à la lecture simple du code électoral, lecture du texte sans contexte ? Ou devons-nous être suffisamment objectifs et comprendre que nous sommes dans un parrainage institutionnel implicite en tenant compte du contexte ?

Vous avez choisi d’adresser votre plaidoyer au chef de l’Etat alors que selon la constitution le gouvernement n’est pas le seul à avoir l’initiative des lois, l’Assemblée nationale a aussi l’initiative des lois. Pourquoi avoir choisi cette option ?

Patrice Talon peut avoir la carte ou peut être membre d’un parti politique, mais il ne peut en aucun cas, en tant que Chef de l’Etat, décider au motif des desideratas des partis politiques auxquels il appartiendrait. Pour vous dire quoi ? Relativement à l’article 41 et 42 de la constitution, il est le seul qui soit élu par tous les Béninois sans considération jusqu’à à l’heure où nous parlons de son rattachement à un parti politique.

Les citoyens n’ont pas élu un Patrice Talon rattaché à un parti politique. Les Béninois ont élu un individu qui était au-dessus de la mêlée et qui avait une vision pour ce pays. Et nous considérons qu’il est toujours de bonne foi et que les réformes politiques qu’il a inspirées n’ont pas produit les résultats escomptés, parce que peut-être les acteurs politiques n’en ont pas saisi toutes les nuances et tous les méandres ou toutes les conséquences.

Une chose est que le chef de l’Etat porte une volonté politique orientée sur des réformes politiques et l’autre chose et que des acteurs institutionnels, par le jeu républicain, donne suite à cette volonté du Chef de l’Etat. Nous le saluons déjà pour sa volonté de réformes politiques parce que c’était nécessaire de réformer le système partisan. Nous le saluons pour son leadership mais le problème qui se pose c’est que le jeu institutionnel de l’Assemblée nationale n’a pas permis, au regard des effets que nous avons aujourd’hui, de célébrer sa bonne foi et sa volonté à réformer le Bénin au plan politique.

Le jusqu’au-boutisme n’est pas de mise. Il est question qu’il se souvienne du pacte qui le lie aux Béninois depuis le 20 mars 2016 et qu’il prenne de la hauteur afin de réinviter ces institutions républicaines sœurs à la sienne pour que la thérapie soit ajustée afin que le malade soit sauvée.

L’un dans l’autre, nous conduire dans l’impasse où nous sommes par rapport à la connotation qu’il faille, à un moment, donner au parrainage qu’il soit explicitement individuel et implicitement institutionnel avec l’ambigüité qui règne n’est pas du tout responsable à notre avis. Il est au-dessus de ça. Il a toujours incarné sa responsabilité, un sens d’honneur, un leadership qui devrait résister à tous intérêts politiques partisans.

Nous l’invitons à résister à tout intérêt partisan et se souvenir de ce que la société civile, les citoyens béninois, les autres corps de la République aussi existent, l’écoutent. Ils attendent de lui qu’il ne prenne pas fait et cause pour un seul corps de la République au détriment des ressentis des citoyens, qui en réalité, fondent sa légitimité.

Par ailleurs, depuis le deuxième semestre 2017, le parlement a méprisé, méconnu, transgressé et agressé les principes de l’Etat de droit et de la démocratie. De la méconnaissance à l’agression des principes démocratiques, nous avons vraiment senti une cassure républicaine.

Le chef de l’Etat, encore une fois, est le seul à pouvoir se mettre au-dessus de la mêlée pour réconcilier les uns et les autres par rapport à cette ambiance. On insiste sur ça. La République c’est plusieurs corps, le chef de l’Etat doit se mettre au-dessus de la mêlée pour réconcilier tous les corps afin que nous nous sentions tous de ce pays, pour que le Bénin puisse aller aux élections en 2021 dans la paix et dans la convivialité.

Mais le chef de l’Etat a dit dans son entretien à Jeune Afrique que la compétition sera rude.

Il ne faut pas lire le texte sans le contexte. C’est important de tenir compte de ces informations données supra par rapport au texte et au contexte et les inquiétudes que le croisement des deux suscitent jusqu’à ce jour au niveau de la société civile. C’est-à-dire qu’il y a ce que le chef de l’Etat dit mais il y a la réalité. C’est après la publication de son entretien à Jeune Afrique que la CENA a rencontré les partis politiques. Cela n’a pas empêché le parlementaire Abdoulaye Gounou, dans sa sincérité, à tirer toutes les conséquences du contexte.

C’est important et c’est pour cela justement que nous, nous sommes convaincus de ce que le chef de l’Etat étant au-dessus de la mêlée n’a pas suffisamment pris en compte la manœuvre au niveau de la classe politique. C’est avec candeur qu’il estime qu’il est possible d’avoir la compétition mais sans intégrer l’évolution du contexte et l’assimilation du parrainage institutionnel. Et ça c’est important pour nous. C’est pour cela que nous ne cesserons de réclamer ce que nous demandons. Nous ne cesserons pas le plaidoyer du moment où nous sommes convaincus qu’il n’a pas lu le contexte comme nous. Du moins, s’il l’a lu, il en a une lecture trop candide.

Même avec la lecture que la CENA fait du parrainage, cela n’empêche pas un candidat d’avoir plus de 16 parrains. Vous pouvez vous retrouvez dans cette anonymat décrite par la CENA ou un candidat à lui seul peut s’arroger 140 parrains s’il veut. C’est aussi ça les insuffisances de la lecture de la CENA.

Vous êtes contre l’anonymat ?

Nous ne sommes pas contre mais je vous montre les limites. Il ne faut pas être fondamentaliste. Ce qu’il y a, c’est que les lectures que les uns et les autres font, ont des limites et nous sommes là pour attirer l’attention sur les limites des lectures qu’ils font et en même temps proposer des thérapies, proposer des ajustements de thérapie. C’est cela notre rôle.

Nous ne sommes pas là pour critiquer où pour rejeter systématiquement, non. Puisque nous nous demeurons dans notre position d’acteur de veille, gardiens des acquis démocratiques, il nous revient à chaque fois de dire, ça là malgré votre bonne foi, cela a telle limite, il faut bien au risque de paraitre suspect, ajuster le tir, il faut bien ajuster la thérapie. C’est ce que nous demandons.

Malgré l’assurance du chef de l’Etat, vous maintenez votre plaidoyer qu’il faudra supprimer d’urgence le plaidoyer ?

Le chef de l’Etat est dans une candeur qui n’intègre pas le contexte. Actuellement, nous citoyens, nous avons l’impression que les partis politiques notamment ceux représentés au parlement ont pris en otage notre liberté de choisir avec la lecture institutionnelle même que ces partis politiques font du parrainage.

Nous avons l’impression que notre liberté de choisir, faiseurs de la démocratie, a été prise en otage. De ce point de vue, nous demandons au chef de l’Etat de se mettre au-dessus de la mêlée pour nous permettre de croire en sa bonne foi, de saluer ses réformes politiques à la fin de son mandat.

Réalisation : Judicaël Kpehoun (Stag) et Léonce Gamaï

Banouto Digital

Vous aimez une presse libre et de qualité. Alors offrez-vous un accès illimité à Banouto Digital en souscrivant à un des abonnements moins chers.
1500 F CFA/mois ou 15.000 F CFA/An.

Abonnez-vous

A lire aussi ...