POLITIQUE

Tournée de Patrice Talon: à Karimama, les problèmes à exposer au chef de l’Etat

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Dans le cadre de sa tournée nationale, le président béninois Patrice Talon se rend à Karimama ce vendredi janvier 2021. Cette commune située à plus de 700 km de Cotonou connait de multiples problèmes, exposés par Banouto dans une série d’enquêtes sur les défis socio-économiques et sécuritaire des communes frontalières du Bénin.

karimama

Patrice Talon à Karimama. Depuis son arrivée au pouvoir en avril 2016, c’est sa première visite officielle dans cette localité de l’extrême nord du  Bénin, située dans la zone des trois frontières entre le Bénin, le Niger et le Burkina Faso. La visite de ce vendredi 08 janvier 2021 se tient dans le cadre de la tournée de reddition de compte du chef d’Etat béninois, qui est en fin de mandat.

Le protocole du déroulement de ces séances de reddition de compte est quasiment le même dans toutes les communes parcourues depuis le début de sa tournée le 12 novembre 2020. Trois temps forts :   accueil par les populations par des scènes d’animation culturelle et de liesse, allocution du maire qui évoque les réalisations du gouvernement suivi de doléances et intervention du chef de l’Etat.

A Karimama, Patrice Talon découvrira une commune à problèmes. Des vulnérabilités et des paradoxes. Les préoccupations de (sur) vie des populations sont nombreuses. Les défis sont multiples.  Une série d’enquêtes de Banouto sur les défis socio-économiques et sécuritaires des communes frontalières du Bénin a mis la lumière sur quelques problèmes majeurs. Ce sont notamment le manque de terre pour l’agriculture et l’élevage, l’état dégradé de l'unique voie terrestre d'accès à la commune (Guéné-Karimama), les difficultés d’accès à l’eau potable et à l’électricité, l’absence d’une radio communautaire et la faible couverture de la commune par les réseaux GSM béninois.

La Terre et le Parc W. Karimama s’étend sur une superficie de 6041 kmdont les 5/6 sont occupés par le parc national W. La population, majoritairement agricole, est concentrée sur une bande longitudinale coincée entre le fleuve Niger et le parc national W. La commune se retrouve confrontée à un problème de manque de terres arables et de pâturage.

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La situation engendre régulièrement des litiges entre familles d’agriculteurs d’une part et entre agriculteurs et éleveurs peuhls d’autre part. Dans l’enquête réalisée par Banouto, agriculteurs et éleveurs ont manifesté le souhait d’avoir accès au parc W pour y mener leurs activités agro-pastorales. Un souhait bien compliqué. Le parc national W du Bénin fait partie du complexe W-Arly-Pendjari, une réserve biosphère transnationale partagée entre le Bénin, le Burkina-Faso et le Niger, et classé patrimoine mondial de l’Unesco.

Dans le cadre de sa politique de développement touristique, le gouvernement béninois en a d’ailleurs confié la gestion à l’ONG sud-africaine African Parks qui renforcera sans doute les mesures de protection du parc des activités humaines. Le chef de l’Etat sera sans doute amené à se prononcer sur la question.

Commune déconnectée. Karimama est enclavé et surtout déconnecté du Bénin. La commune ne possède pas de radio de proximité. On y capte à peine la radio nationale et Kandi FM. Comme l’a découvert l’équipe  de Banouto en juillet 2020, en dehors des ménages de la classe moyenne qui possèdent des décodeurs leur permettant de capter les chaînes de télévision béninoises, dans les hameaux reculés, les populations s'informent avec les radios du Niger.

Les habitants de Karimama communiquent, pour la plupart, à l'aide des réseaux GSM du Niger. La commune est faiblement couverte par les réseaux béninois. D'ailleurs, plusieurs autorités communales et locales communiquent à l’aide de numéros commençant par +227, le préfixe du Niger.

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En plus d’être quasiment coupé du Bénin sur le plan des télécommunications, Karimama l’est aussi sur le plan routier. Le tronçon Guéné-Karimama est une piste rurale non bitumée. Poussiéreuse et jonchée de nids de poules en saison sèche, elle devient boueuse et glissante en saison pluvieuse, rendant la conduite pénible et hautement risquée pour automobilistes et motocyclistes. Avec les inondations des saisons pluvieuses, il arrive qu’une partie de la commune soit quasiment coupée du reste du Bénin pendant plusieurs jours.

« A des moments, lorsqu’on vous parle de Karimama, c’est comme si c’était l’enfer. La préoccupation majeure de la population de Karimama, c’est la voie. Si vous avez pu vous rendre facilement à Karimama, c’est parce que les fortes pluies n’ont pas encore commencé. Mais quand vous venez à partir de fin juillet et dans les mois d’août, septembre, vous aurez envie à un moment donné de vous retourner », confiait à Banouto en juillet 2020 le premier adjoint au maire, Oumarou Medewa. Dans l’interview, il avait aussi insisté sur les questions d’accès à l’eau potable et à l’électricité.

En plus de Karimama, le dossier spécial de Banouto s’est penché sur Tanguiéta et Kétou. Les enquêtes ont été réalisées avec l’appui financier de la fondation Friedrich Ebert (FES). Les articles sont compilés dans un ouvrage paru fin 2020 sous le titre « Communes frontalières du Bénin, la vie à rude épreuve ». Vous pouvez relire l’ensemble des articles en cliquant sur les liens ci-dessous.

 

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