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Bénin-Gratuité de l’Enseignement supérieur: Talon tiraillé par étudiants et recteurs

La rédaction
publié le 12 novembre 2017

Le gouvernement béninois est dans l’embarras. Sollicité par les étudiants à l’effet de différer l’application de la décision de suppression de la mesure de gratuité dans les universités nationales, le gouvernement vient d’être saisi par les recteurs des universités nationales qui ont énuméré un chapelet de difficultés qui résulteraient du maintien de la gratuité. Lire la lettre ouverte des recteurs d’universités.

patrice-talon Patrice Talon, le chef de l'Etat béninois partagé

Abomey-Calavi, le 09/11/2017

 Objet : Lettre ouverte

 Monsieur le président de la République,

D’entrée, nous vous prions de bien vouloir pardonner la liberté que nous prenons de nous adresser à vous par ce canal. Cela est commandé par l’urgence de la situation. Par cette démarche, nous venons très respectueusement appeler votre haute attention sur ce qui suit.

Votre excellence,

Ce jeudi 9 novembre 2017, nous avons appris à travers les journaux (Fraternité, la Nation, le Matinal et l’Autre Quotidien), que votre gouvernement serait sensible au plaidoyer des étudiants visant à différer l’abrogation que nous demandons, du décret n°2008-802 du 31 décembre 2008, instituant la prise en charge des frais d’inscription (15.000 FCfa par étudiant) des étudiants béninois non boursiers, non secourus et non-salariés des universités nationales du Bénin. D’après les mêmes parutions, un séminaire gouvernemental, consacré à la question a été organisé sous votre présidence effective le mardi 7 novembre 2017 au palais de la République. Il nous est revenu à cet effet que le Gouvernement, dans la dynamique d’une meilleure sensibilisation de la communauté universitaire et de l’opinion publique, serait favorable au report de la suppression de la gratuité des frais d’inscription à l’année académique 2018-2019. Une telle décision, si elle venait à être prise, donnera certes un peu de répit aux étudiants mais va relancer la problématique du financement des universités publiques en République du Bénin. Surtout que nous, Recteurs, avions plusieurs fois déjà sonné l’alerte sur les difficultés financières auxquelles nos universités sont confrontées depuis l’avènement du décret susmentionné.

Dans ce sens, il n’est pas superflu de souligner la nécessité des ressources substantielles provenant des inscriptions pour la qualité de la formation universitaire. Ces ressources, déjà insuffisantes, aidaient néanmoins nos universités à faire face, vaille que vaille, à leurs charges. Les supprimer comme c’est le cas depuis une dizaine d’années, n’a fait qu’empirer la situation, surtout par ailleurs que le gouvernement qui l’a fait en 2008, n’a jamais vraiment libéré les subventions compensatrices. Alors question : la gratuité de l’inscription est-elle vraiment la solution? A la vérité, l’accès à l’université est une affaire de capacité financière, y compris dans le public, et votre Gouvernement l’a si bien perçu à travers ses multiples réformes dans le domaine universitaire.

 Monsieur le Président de la République,

Dans la perspective de libérer la capacité d’innovation des universités béninoises pour l’élaboration d’une politique de formation et de recherche qui s’arrime avec le Programme d’Action de votre Gouvernement, la responsabilisation dans le financement et la gestion des activités s’avère indispensable. Ainsi, les universités devraient disposer de moyens accrus et tangibles leur permettant de porter une stratégie globale, cohérente qui articulerait efficacement leurs missions d’enseignement, de recherche et de service à la communauté. C’est pourquoi, dans nos démarches à l’endroit de Madame la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, nous avions suggéré que la mesure de gratuité de l’inscription dans les universités soit supprimée.

Toutefois, si sur cette question, l’exécutif estime nécessaire et opportun d’accorder un moratoire d’une année avant l’avènement de la décision de suppression de la gratuité des frais d’inscription, nous n’y pourrons certainement rien. Cependant, des problèmes de mise à disposition des fonds par le Trésor public subsistent. Globalement, de 2008 à 2017, une bonne partie des ressources propres aux universités est compromise par la mesure de gratuité car prenant en compte seulement une partie des étudiants en raison de :

– l’insuffisance et l’indisponibilité des subventions dues par l’État à ce titre, d’année en année ;

– la non restitution par le Cous de la totalité des prélèvements de droit d’inscription opérés sur les allocations universitaires.

En conséquence, les entités universitaires font difficilement face à leurs dépenses de fonctionnement.

Aussi voudrions-nous suggérer, si la décision de différer l’abrogation (pourtant souhaitée et indispensable) de la gratuité de l’inscription et ses effets, que durant la période du moratoire, il soit envisagé des mesures d’accompagnement :

– en mettant à la disposition de nos universités et à temps, les ressources nécessaires à leur fonctionnement. Dans cette optique, il serait souhaitable d’alléger les procédures budgétaires de mise à disposition des crédits au profit du Mesrs pour leur transfert rapide aux universités ;

– en augmentant le montant des subventions en vue de permettre aux universités d’améliorer la qualité des formations (recrutement d’enseignants qualifiés, construction et équipement d’infrastructures adaptées, de laboratoires, etc.)

Par ailleurs, nous restons convaincus que, quelle que soit la bonne volonté de votre Gouvernement, l’Etat, face aux défis du monde actuel, ne pourra pas dégager en temps réel, les ressources nécessaires à l’arrimage de nos universités publiques aux normes et standards mondiaux. Nous voyons bien, à ce propos, comment les universités privées procèdent pour remplir leur vocation à la fois d’éducation et de bénéfice. Certes, les universités publiques ne sauraient devenir des entités commerciales, à la recherche de bénéfice, mais elles n’échapperont plus longtemps au débat sur leur financement conséquent, et surtout sur les sources de ce financement. A terme, nous osons penser qu’il sera sans doute utile d’instaurer un nouveau mode de gestion, qui permette qu’en dehors de la contribution de l’Etat, qui couvrirait par exemple en partie les frais d’inscription, les universités publiques perçoivent des frais de formation, raisonnables tout de même, en vue de s’assurer une relative autonomie financière, pour garantir en retour aux apprenants, de meilleures conditions d’études, et des formations de plus grande qualité. Dans cette perspective, nous prendrions l’engagement d’un nouveau mode de gestion de nos universités publiques dans la mesure où, dans les projets de décrets portant Attributions, Organisation et Fonctionnement de nos universités, dont nous avons participé à l’élaboration et envoyés pour étude et adoption par votre gouvernement, nous avions prévu de mettre en place des Conseils d’administration. Dès lors, les frais de formation dans les universités pourront ainsi être mieux déterminés en tenant compte des besoins réels de financement, mais aussi de la notion de service public inhérent à leur nature ; une notion qui ne veut cependant pas dire gratuité.

 Excellence Monsieur le président de la République,

Tout en vous réitérant notre engagement à accompagner les courageuses réformes de votre Gouvernement pour le bien de l’enseignement supérieur, nous voudrions bien compter sur votre haute bienveillance pour la prise en compte de nos suggestions et préoccupations.

Restant à votre disposition au cas où votre agenda vous permettrait de nous recevoir pour un exposé plus approfondi de nos préoccupations, nous vous prions de recevoir ici, l’expression déférente de notre dévouement à la cause républicaine.

 Les Recteurs des universités nationales

 


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