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Bénin-glyphosate : 06 renseignements du gouvernement Talon

La Rédaction
publié le Aug 25, 2018

Suite à la condamnation de Monsanto aux Etats-Unis pour l’usage du glyphosate qui serait à l’origine du cancer d’un jardinier, la polémique s’enfle depuis lors au Bénin sur une importante quantité du produit importé par le gouvernement pour la culture du coton dans le pays. Face à l’inquiétude généralisée, Gaston Dossouhoui, ministre béninois de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche a donné de la voix. Banouto vous présente en six points les explications du gouvernement qui dénonce une polémique entretenue à des fins inavouées.

gaston-dossouhoui Gaston Dossouhoui, ministre béninois de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche

Extrait de la réaction de Gaston Dossouhoui

1- Dispositions règlementaires au Bénin

L’utilisation des pesticides en agriculture en République du Bénin est régie par la loi phytosanitaire 91-004 du 11 février 1991, qui en son article 15, stipule que ‘’ pour pouvoir être importés, fabriqués, conditionnés pour mise sur le marché national et utilisés, les produits phytopharmaceutiques devront obtenir un agrément’’. A cet effet, il est créé un Comité National d’Agrément et de Contrôle des produits phytopharmaceutiques (CNAC) qui est l’organe chargé d’examiner les risques de toxicité des produits phytopharmaceutiques à l’égard de l’homme et de son environnement.

Au Bénin le glyphosate est homologué sous plusieurs noms commerciaux. Comme tous les autres pesticides son homologation provisoire n’est accordée par le Comité National d’Agrément et de Contrôle des Produits Phytopharmaceutiques (CNAC) qu’après étude favorable des paramètres tels que la toxicologie, écotoxicologie, l’impact environnemental, l’efficacité biologique et les limites maximales de résidus. Depuis la libéralisation du sous-secteur intrants dans les années 90, les herbicides au même titre que les autres intrants font objet d’un appel d’offre internationale, cependant l’Etat assure la qualité des herbicides commandées et leur disponibilité à temps. Il faut retenir que l’Etat ne commande pas de produit.

2- Les caractéristiques du produit

Selon les normes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et en fonction des formulations, les pesticides sont regroupés dans cinq (5) classes selon leur dangerosité. Il s’agit de la classe Ia (extrêmement dangereux), classe Ib (très dangereux), classe II (modérément dangereux), classe III (peu dangereux) et U (susceptible de présenter un danger). Il est important de préciser qu’au Bénin au cours de la campagne agricole 2018-2019, les producteurs ont utilisé Killer 480 SL qui est de la classe III donc peu dangereux.

Le glyphosate est un herbicide systémique, non sélectif. Il entraine la destruction totale des parties aériennes et souterraines des mauvaises herbes annuelles ou vivaces Il n’a pas d’action sur les graines dans le sol et n’est pas absorbé par les racines des plantes.

3- Usage et technique d’application du glyphosate au Bénin

Le glyphosate est utilisé au Bénin pour le désherbage des champs avant l’installation des cultures afin de réduire la pénibilité du travail des producteurs et combler le déficit en main d’œuvre. Son utilisation réduit de façon significative la concurrence des mauvaises herbes. La dose recommandée est de 3 litres à l’hectare contrairement aux pays industrialisés où elle atteint 10 litres/ha. Son épandage est réalisé après sa dilution dans une certaine quantité d’eau sous forme d’une bouillie.

Ce mélange est épandu avec des appareils à pression entretenue ou avec des appareils TBV (très bas volume) positionnés à 20 cm au-dessus des mauvaises herbes. Dans ces conditions les jets sont dirigés vers la cible que constituent les adventices et tout contact avec le traiteur est très limité. Par contre, dans les pays ou l’agriculture est hyperintensive la dose est plus importante (plus de 10 litres par ha) épandue par aéronef sur les monocultures génétiquement modifiées (soja, maïs, riz et coton).

4- Effet du produit sur l’environnement

Le glyphosate se dégrade rapidement en acide aminométhyl phosphonique (AMPA), puis en substances naturelles présentes comme le dioxyde de carbone et les phosphates. Sa dégradation rapide contribue à son profil favorable d'innocuité environnementale.

Dans le sol ou dans l’eau, le glyphosate est détruit par biodégradation sous l’effet dles rayons solaires, de la matière organique et des microbes. L’insolation étant plus forte dans nos pays africains que dans les pays tempérés, sa rémanence est beaucoup plus faible si bien que deux à trois semaines après son application les mauvaises herbes repoussent.

5- Les mesures d’accompagnement des producteurs

Pour une utilisation correcte respectueuse de l’environnement, les services spécialisés du Ministère en charge de l’Agriculture organisent périodiquement des campagnes de sensibilisation et d’information des producteurs sur la bonne utilisation des pesticides avant, pendant et après application.

A ce sujet le gouvernement du Président Talon a initié depuis plus d’un an un projet de Transition Agroécologique financé par l’AFD qui est dénommé TAZCO (Transition Agroécologique en Zone Cotonnière). Son objectif est de recycler le mulch issu des cultures de rotation pour couvrir le sol, le protéger contre les intempéries, augmenter la matière organique et réduire l’évapotranspiration du sol. Cette pratique est soutenue par des plantes de couverture, par la promotion de la motorisation intermédiaire pour le travail minimum du sol. La conséquence de cette pratique est de réduire au maximum l’usage des herbicides en favorisant la défense naturelle de la culture contre les mauvaises herbes.

Pour l’instant ce projet est mis en œuvre en milieu contrôlé et en milieu paysans dans quelques villages des zones cotonnières pour recueillir les données agronomiques, socioéconomiques et écologiques.

Après avoir tiré les leçons de l’analyse de ces données il y aura une phase de mise à l’échelle dans un avenir très proche qui étendra le concept progressivement à toutes les zones agroécologiques du Bénin.

6- Solution de rechange et perspective

Aujourd’hui il n’y pas une autre option de substitution au glyphosate cela s’explique par la difficulté de la recherche au niveau mondial pour trouver des molécules de substitutions. Le processus de recherche et d’homologation d’une nouvelle matière active exige au minimum dix (10) ans.

Devrons-nous estimer à ce stade qu’il n’y a aucun risque à son utilisation ? Absolument non, étant entendu que tout produit pharmaceutique ou phytopharmaceutique présente un minimum de risque et lorsque ce risque devient important pour la population, nous nous devons de prendre les mesures permettant d’éliminer ce risque. Nous l’avons fait par le passé sans tambour battant en suspendant de concert avec le CSP du CILSS, le paraquat et l’atrazine qui sont aussi des principes actifs herbicides.

Toutefois toute décision conduisant à la suspension d’un produit a besoin d’un moratoire de quelques années, le temps nécessaire pour se préparer à la sortie définitive du produit en recherchant des solutions alternatives.

Il est important pour nous de songer de façon permanente à améliorer le revenu des producteurs, à réduire la pénibilité des travaux champêtres pour soulager nos vaillants producteurs et à préserver leur santé. Dans le même temps nous devons travailler au maintien de la fertilité des sols pour augmenter les rendements des cultures vivrières et des cultures de rente dans le respect de l’environnement.

 


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