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Grogne sociale : "gilets jaunes", la France parle au Bénin

Olivier Ribouis
publié le 5 décembre 2018

Avec les conséquences désastreuses du débordement de la grogne sociale en France, il y a des raisons que le gouvernement béninois en tire des leçons pour ne pas voir surgir des "gilets jaunes" au Bénin.

talon-macron Emmanuel Macron et son homologue béninois Patrice Talon

Chaos, état de siège, champs de guerre… il n’y avait pas de mots assez forts pour qualifier les scènes presque inouïes de vandalisme enregistrées à Paris dans les encablures de l’Arc de triomphe le samedi 1er décembre 2018. Des véhicules brulés, des commerces pillés, des infrastructures saccagées, des projectiles contre une pluie de gaz lacrymogène.  Horrible ! Et pourtant, en France, nous sommes.  C’est la colère sociale du mouvement des "gilets jaunes".  Des hommes et femmes n’en pouvant plus de la vie chère et de la gouvernance à la sensibilité sociale défaillante ont décidé de taper du poing sur la table, dire assez c’est à assez, on en a marre.  La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est la taxation annoncée pour janvier 2019 des carburants, devant induire la hausse des prix à la pompe pour ces produits de grande consommation.

Dans une France où, les citoyens suffoquent d’année en année sous le poids de la dégradation du pouvoir d’achat, cette taxation des carburants ne pouvait pas passer quand on sait qu’à partir du carburant, donc les transports, beaucoup de secteur de la vie devraient être affectés.  Dérouté par les grondements incessants et incandescents de la rue, le pouvoir de Macron a dû battre en retraite. Edouard Philippe, le premier ministre français a précipitamment annoncé mardi 04 décembre, la suspension de la mise en vigueur de la taxation pour six mois, arguant « qu’aucune taxe ne mérite de mettre l’unité nationale en péril ».  Chez les manifestants toujours révoltés, difficile de  savoir si cette résolution est de taille à faire baisser la tension. Il faut attendre le samedi prochain pour voir ce que sera la mobilisation pour en avoir une idée.  Mais, déjà, il faut noter que c’est la pire crise sociale à laquelle fait face Emmanuel Macron depuis son arrivée au pouvoir.

 

De Paris à Cotonou

Ce qui se passe à Paris est suivi de partout à travers le monde et bien évidemment à Cotonou. L’information va une vitesse de croisière et aucun pays ne vit  en vase  clos.  Ce qui se passe en France peut bien alors inspirer au Bénin. Et ce n’est pas dénuer de sens que de penser ainsi.  Comme les Français, les Béninois connaissent également une détérioration du niveau de vie dont l’état, pour un pays en voie  de développement n’était déjà chose intéressante.  Croupissant sous un taux de pauvreté en progression selon les chiffres de la Banque mondiale, le Bénin, à l’ère du système réformateur du Président Talon n’a pas encore trouvé la potion magique pour redonner le sourire aux Béninois. A contrario, pour emprunter l’expression du président lui-même, les Béninois ont, serrées, les ceintures qui menacent de rogner le bassin et une partie de la vertèbre lombaire. Des taxes par ci par là ajoutées à des licenciements rendent la vie difficile à des Béninois économiquement déjà mal en point.

Puisque dit-on, les mêmes causes produisent les mêmes effets,  le pouvoir de Patrice Talon a à tirer leçon de ce qui arrive à son homologue français.  En effet, il faut dire que Macron subit le retour de la manivelle, si les Français en sont arrivés à donner naissance à un mouvement social incontrôlable, c’est une conséquence de l’affaiblissement des  partenaires sociaux. A son arrivée au pouvoir, surfant sur sa popularité alors forte, il a affaibli les principales organisations syndicales dont les mouvements  ont été étouffés. Rendant ainsi ces organisations moins représentatives aux yeux des Français pour porter leurs revendications sociales. Même chose sur le terrain politique, où les adversaires de Macron sont devenus édentés.   Ce tableau n’est pas si différent de ce qu’on a au Bénin.  Les syndicats ont pratiquement jeté l’éponge et l’opposition, on la recherche vainement. Pourtant, les Béninois crient partout, dans les ménages, dans les marchés, les universités et collèges, ainsi que dans l’administration à une détérioration accentuée du pouvoir d’achat. Mais, tout porte à croire, que le régime est sourd à ces cris.

 En arriver à des gilets jaunes béninois pourrait conduire à une situation chaotique.  De ce qui se voit de Paris, on comprend aisément qu’il vaut mieux pour un gouvernement d’avoir à discuter avec les partenaires sociaux et politiques que d’avoir à gérer une masse révoltée, retournée avec le ventre affamé et sans point d’oreille.


  • Agbo Rosius
    il y a 9 jours

    Nos génies de la ruse et de la rage, plus souvent enclins à briser le thermomètre qu'à soigner la fièvre, sont sûrement déjà en train d'élaborer des contre-mesures très lumineuses et musclées. Genre, interdire toute importation, en Republique du Bénin, de gilets, toutes couleurs confondues.????????????????