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Prof. Brice Sinsin : « nous avons un doctorat en mendicité intellectuelle » au Bénin

Olivier Ribouis
publié le 5 février 2019

Invité à entretenir les jeunes enseignants-chercheurs à l’occasion du sixième numéro du « mercredi des sciences » tenu le 30 janvier à l’UAC, l’ancien Recteur devenu Recteur honoraire, le Professeur Brice Sinsin a mis l’accent sur les sacrifices que doivent consentir les jeunes enseignants chercheurs du supérieur.

brice-sinsin Brice Sinsin, ancien Recteur de l'Université d'Abomey-Calavi

Être un bon enseignant-chercheur du supérieur est le résultat d’un long chemin de sacrifice. Professeur Brice Sinsin, l’ancien Recteur de l’Université d’Abomey-Calavi a tenu à le faire comprendre à de jeunes enseignants-chercheurs  à l’occasion du sixième numéro du « mercredi des sciences » tenu le 30 janvier. Brice Sinsin a évoqué deux aspects clés de la formation que l’enseignant-chercheur dispense aux apprenants et les publications qu’il doit faire pour évoluer dans son domaine. « Lors de cette communication, nous nous sommes intéressés à deux volets qui caractérisent l’enseignant en terme de formation qu’il dispense à ses apprenants mais surtout la recherche et la publication. Mais nous avons insisté sur l’assistance que l’enseignant doit apporter son soutien à l’apprenant même sur son lieu de stage. Il faut donc comprendre que le problème n’est pas de sacrifier une génération parce qu’on a des contraintes. Il y a  le défi de livrer sur le marché de travail des citoyens de qualité au développement. Et nous devons savoir que les citoyens capables d’aider ce pays sont nos propres enfants », a indiqué le désormais Recteur honoraire rapporté par L’évènement précis. « Il n’est pas question de former de manière approximative. Vous aurez alors des ministres, des présidents, directeurs généraux approximatifs », prévient-il. Pour lui, « l’éducation n’est pas une question à prendre à la légère ». Il estime que « l’apprenant qui vient pour acquérir des compétences se doit de rentrer chez lui non pas avec le papier, mais avec le contenu du diplôme, c’est-à-dire la compétence. ».

De son point de vue,  la massification qui constitue un casse-tête chinois pour les universités africaines et notamment béninoises ne doit pas être un prétexte pour bâcler la formation des apprenants. « Les universités sont confrontées à la massification, à la surcharge en étudiants, mais c’est une responsabilité de toute la Nation, pas seulement du gouvernement. Nous ne devons jamais dire, formons de manière approximative parce que nous avons trop d’étudiants sur les bras », a-t-il dit.

En ce qui concerne les publications à faire, les jeunes enseignants-chercheurs doivent s’organiser pour les honorer. Brice Sinsin pense que « l’enseignant qui refuse d’investir dans la recherche doit revoir sa copie. ».  

« Faut-il adresser une demande de financement à mon recteur, mon ministre ou doyen quand j’ai un voyage de recherche ou une conférence au Sénégal par exemple ? », interroge le Professeur qui a formé plusieurs cadres forestiers béninois et africains. « Si je ne suis pas en mesure de faire quatre sorties dans l’année, au moins, je planifie mon salaire de sorte que je puise acheter mon billet d’avion pour aller acquérir des connaissances dans des laboratoires », conseille-t-il. Ce conseil, Brice Sinsin le tire de son expérience personnelle qu’il ne cache pas.  « Pour prendre mon exemple, j’ai commencé Maitre-Assistant avec 79.000 FCFA par mois. Et de retour de thèse, j’ai mis deux ans pour passer à 155.000 FCFA. Mais demandez à tous ceux que je formais, on s’associait. Chacun donnait 10.000 FCFA, 5.000 FCFA ; et moi, je pouvais donner 20.000 FCFA pour organiser les sorties pédagogiques. Je ne me verrais pas la conscience tranquille si je formais des forestiers qui ne pouvaient pas prendre le diamètre, la hauteur, d’un arbre. D’abord, c’est quoi le salaire s’il ne me permet pas de vivre à l’aise. Ceux qui nous avaient formés aussi avaient des salaires ridicules et pourtant ils s’investissaient et organisaient les stages », témoigne l’éminent professeur d’université béninois. Brice Sinsin pense que l’enseignant chercheur ne doit pas compter que sur les financements publics pour mener ses recherches scientifiques. « Le tout ne peut pas venir d’un gouvernement. C’est pourquoi, je dis que le doctorat que nous avons, est un doctorat en mendicité intellectuelle. Nous devons utiliser ce doctorat pour aller chercher l’argent dans tous les pays », a déclaré le conférencier du sixième numéro du « mercredi des sciences ».


  • CODJIA Florian G.
    il y a 2 mois

    Le Prof Brice Sinsin a parfaitement raison, sur le fait. Beaucoup se vante aujourd'hui d'évoluer en grade en se disant je suis Pt ou autres mais le plus important c'est la connaissance. Le métier de d'enseignement n'est pas une passerelle de richesse engagée. Et Laurent Gbagbo l'a si bien dit. Revenons au pourquoi des choses et merci au Prof Sinsin.