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Accès des femmes à la terre : un éveil populaire à Kpomassè avec WiLDAF-Bénin

Olivier Ribouis
publié le 18 février 2019

A Sègbohouè dans la commune de Kpomassè, il s’est produit ce lundi 18 février 2019, un éveil de conscience populaire pour l’accès des femmes à la terre après une « Tribune théâtre fora de dialogue et de sensibilisation » organisée par le réseau d'ONG, WILDAF-Bénin avec le concours de la fondation Konrad Adenauer Stiftung.

wildaf-benin-femmes-acces-terre Awa, dans la tribune théâtre

« Vous venez de nous réveiller ! », prompte et vive,  la cinquantaine  révolue, Dame Goussi Accrombessi est comme transformée. A 13 h passée de quelques minutes où elle s’est décidée à parler au milieu de la foule, cette quinquagénaire native de Sègbohouè dans la commune de Kpomassè vient de suivre une « Tribune théâtre fora de dialogue et de sensibilisation » qui a porté sur l’«accès des femmes à la terre et les enjeux du développement durable ». Avec une fureur à peine contenue, elle témoigne : « Je suis une victime de la domination masculine. Mes frères estiment qu’ils sont la tête de la famille et se sont accaparés les terres que notre père nous a laissées à sa mort. Mais, vous venez de nous réveiller ! Que Dieu vous bénisse!». Victime de ses frères, elle l’est aussi d’un oncle maternel qui lui a arraché un domaine appartenant à sa mère. 

Comme elle, maman Fatondji, une autre mère de famille fait part de son cas à Djakotomey où elle et ses sœurs ont été privées d’un domaine de deux hectares appartenant à leur défunte mère. Selon cette autre victime de la domination masculine dans les affaires foncières au Bénin, un hectare est parti dans la construction d’une école et un oncle s’est arrogé un hectare. En partageant son témoignage, comme de nombreuses autres, maman Fatondji souhaite que la tribune théâtre fora qui a provoqué un déclic chez elle soit représentée dans son village de provenance.

La transformation par le théâtre

wildaf-benin-femmes-acces-terre Tofodji, le personnage hostile à l'accès des femmes à la terre

Il est 11h38.  Sous la tente dressée dans l’enceinte de l’arrondissement de Sègbohouè, autour d’une  table, trois jeunes, des presqu’ado se pointent devant le public de femmes en majorité et de quelques sages et chefs de terre. Maurice, l’homme du trio se présente comme un chef quartier. Il introduit Awa et Sicca, les deux filles représentantes des associations féminines Yanagbô (la pauvreté cessera en langue fon) et Femmes Assouka (intrépides) venues rendre compte des dispositions du code foncier qui donnent les mêmes droits aux hommes et aux femmes en matière de possession des terres. Tapis dans le public, d’autres personnages de la compagnie Ségan interviennent dans la pièce comme dans une discussion foraine.  Avec Awa et Sicca, le code foncier est décortiqué. La domination masculine dans les affaires domaniales est mise à jour. Comme les machos, Tofodji, un personnage hostile à l’accès des femmes à la terre se ridiculise. Il a vendu les terres devant revenir à ses sœurs pour prendre une quatrième épouse, en a donné à qui il veut. Tout ça, sans les formalités administratives. Les explications de Awa et Sicca lui font voir qu’il est dans un trouble. Ce personnage dont les traits sont inspirés du réel ne sait plus à quel saint se vouer, car les femmes sont désormais éveillées.

Les femmes décidées à Kpomassè

wildaf-benin-femmes-acces-terre Dame Goussi Accrombessi

Selon des témoignages recueillis dans le public, les femmes analphabètes se font aussi avoir par leurs maris qui s’approprient leurs biens. Il est même revenu qu’une dame voulant acheter un domaine a été dupée par son mari qui s’est fait passer pour l’acheteur sur les papiers d’achat pendant qu’il a présenté son épouse  comme témoin alors que c’est elle qui a payé. Affanou Rose, une mère de famille marquée par ce témoignage jure qu’elle ne se fera pas avoir et appelle ses sœurs du village à être vigilantes face des maris malhonnêtes. « Si vous sentez que vous avez un mari malhonnête ne lui montrez pas tout. Même si vous le mettez au parfum de l’achat d’un domaine, faîtes-vous aider par d’autres, nos enfants ou même un inconnu pour vérification », a-t-elle conseillé.

Appui-conseil de WiLDAF-Bénin

wildaf-benin-femmes-acces-terre Les responsables de WiLDAF-Bénin en pleine explication

Après le théâtre, place aux questions-réponses. A cette étape, c’est Françoise Sossou Agbaholou et Scholastique Olowolagba Assogba, toutes deux du comité d’organisation de WiLDAF, elles ont étayé les explications de Awa et Sicca. « Les femmes peuvent hériter des terres aussi bien de leurs pères que de leurs mères », a répondu Mme Agbaholou à une question à ce sujet.  Pour plusieurs personnes il se pose un problème avec des terres généralement sans papiers héritées des parents défunts. Que faire ? Françoise Agbaholou et Scholastique Olowolagba conseillent aux femmes de se rapprocher de l’agence nationale de gestion foncière et ses représentations décentralisées ainsi que des autorités locales et de la justice pour des enquêtes pour conduire à l’établissement des titres de propriété.

Une nuance de taille, pour les représentants de WiLDAF-Bénin, il n’est pas question d’opposer les femmes et les hommes à travers l’initiative « Tribune théâtre fora de dialogue et de sensibilisation ». L’objectif visé est de « Contribuer à impulser le développement du dialogue communautaire sur la problématique de l’accès des femmes à la terre en milieu rural afin de trouver des solutions durables ». Ceci en mettant à contribution, les leaders traditionnels, les autorités locales et chefs d’arrondissements, les chefs de villages et chefs des collectivités, les femmes des groupements, les femmes agricultrices, les femmes leaders.

Présent à cette à première tribune théâtre, Mounirou Tchacondoh, Coordonnateur de la fondation Konrad Adenauer au Bénin s’est réjoui du résultat obtenu. « Pour la journée d’aujourd’hui, je marque une très grande satisfaction tant du point de vue de la mobilisation des acteurs que du contenu des messages véhiculés et le rôle joué par les comédiens sur place qui ont utilisé la langue du milieu pour  faire passer le message. Je pars très confiant parce que le message a été bien entendu et cela ressort bien dans les interventions des participants », a-t-il confié.

Pour sa première phase dans cinq communes du département de l’Atlantique, la tribune fera aussi le tour de Ouidah, Tori, Toffo et Zê.


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