SECURITE HUMAINE 0 Commentaire

Bénin-Accès des femmes à la terre : le roi de Houègbo et sa cour en phase avec Konrad-Adenauer-Stiftung

Olivier Ribouis
publié le 14 octobre 2019

A Houègbo où la fondation Konrad-Adenauer et le réseau WILDAF-Bénin ont entamé ce lundi 14 octobre 2019 une tournée dans les palais royaux des communes du département de l’Atlantique pour l’accès des femmes à la terre, le roi Gbèdonouzo Atchodji et sa cour ont prêté une oreille attentive au message délivré.

konrad-adenauer-stiftung-acces-femmes-terre-benin-houegbo Dada Gbèdonouzo Atchodji, roi de Houègbo

Après ceux du département du Zou rencontrés du 23 au 27 septembre, la fondation Konrad-Adenauer se tourne vers les rois de l’Atlantique dans le cadre de son plaidoyer dans les cours royales pour l’accès des femmes à la terre au Bénin.  Ce lundi 14 octobre 2019, s’est ouverte une nouvelle tournée de plaidoyer organisée avec le concours de WILDAF-Bénin dans cinq palais. Et pour la première étape du tour des palais, c’est chez Dada Gbèdonouzo Atchodji, le roi de Houègbo dans la commune de Toffo que Mounirou Tchacondoh, le Coordonnateur de la fondation Konrad-Adenauer et Françoise Agbaholou, la Coordonnatrice nationale du réseau WILDAF-Bénin se sont rendus avec leur équipe.

Pour l’occasion, dignitaires, chefs de collectivités et des femmes de la cour ont aussi répondu présent à l’invitation du roi. Très vite les visiteurs exposent l’objet de leur présence. Il s’agit du droit des femmes à l’accès à la terre. « La question de l’accès des femmes à la terre est la préoccupation qui nous a conduit chez vous. Nous sommes venus à vous parce que nous savons que vous êtes des figures de prou de la localité. C’est vous qui approuvez toute chose avant qu’elle ne soit acceptée de la population », indique à l’assistance, Françoise Sossou Agbaholou de WILDAF-Bénin à l’attention du parterre de chefs traditionnels locaux.  Il est suivi du coordonnateur de la fondation Konrad-Adenauer. Mounirou Tchacondoh explique la genèse programme « Un seul monde sans faim » mise en œuvre par la KAS avec le financement du ministère allemande de la coopération et du développement.  « Nous avons initié ce programme parce que nous nous sommes rendus compte que pour lutter contre la famine, la pauvreté, il faut œuvrer à l’accès des femmes à la terre. Quand elles auront la terre, elles pourront produire, se nourrir, nourrir leurs familles et contribuer à la réduction de la pauvreté », a expliqué le coordonnateur. « Notre message de plaidoyer, c’est comment la chefferie, les dignitaires, les sages peuvent nous aider pour l’accès des femmes à la terre », fait-il savoir au roi et ses ministres.  Le message de fond, c’est « Pourquoi pas la femme ? », un téléfilm qui le portera à la connaissance de tous. Cette production cinématographique inspirée de la réalité au Bénin présente de deux sœurs, Kossiwa et Nonvignon exclues du partage d’un héritage de trente-deux hectares de terre par leurs trois frères après le décès de leur père. Eclairées par la fille de l’une d’entre-elles, les deux sœurs ne réussiront à avoir leurs parts après une médiation du chef de la collectivité.

Des femmes réveillées, une cour acquise

konrad-adenauer-stiftung-acces-femmes-terre-benin-houegbo Une femme parle au palais de Dada Gbèdonouzo Atchodji, roi de Houègbo

Pour les femmes présentes à la séance de plaidoyer, c’est un moment d’éveil. « Ce téléfilm vient à point nommé.  Ici à Toffo, précisément à Koli, nous femmes sommes lésées depuis fort longtemps. Nos frères ont déjà tout vendu. Ça nous attriste. Je ne pense pas que les chefs traditionnels d’ici puissent accepter de plaider en notre faveur c’est le cas dans le téléfilm. Même si on doit fermer les yeux sur ce qui est déjà vendu, comment faire pour avoir un peu des terres qui restent encore ? », s’est lâchée, Brigitte Adagbe, une des dames du palais royal de Houègbo.

Du côté des hommes, pas d’opposition à l’accès des femmes à la terre. Chefs de cultes vodoun pour la plupart, les dignitaires de Houègbo se montrent disposés pour l’inclusion des femmes dans la répartition des héritages. Chef de l’association des tradi-thérapeutes, Dah Lokonon Kinvoédo soutient que « cela participera à l’autonomisation et l’épanouissement des femmes » et demande conseil pour gérer les cas des terres déjà partagées et vendues afin d’éviter des révoltes de femmes. Bien que visiblement acquis, ces gardiens de la tradition posent le souci avec des héritiers qui ne veulent plus apporter des contributions financières pour l’entretien des divinités familiales même après avoir reçu et vendu des biens hérités des défunts. A cette préoccupation, s’ajoute comme ailleurs, des menaces de morts et des attaques mystiques qui sont enregistrées autour du sujet du partage des terres entre héritiers.

Eclairages et message du roi

konrad-adenauer-stiftung-acces-femmes-terre-benin-houegbo Remise de documents de plaidoyer à Dada Gbèdonouzo Atchodji, roi de Houègbo

Face à un public acquis à la cause, les animatrices et juristes de WILDAF-Bénin n’ont pas eu du mal à présenter les dispositions légales qui fondent le plaidoyer de la fondation Konrad-Adenauer.  La Constitution, le code des personnes et de la famille et le code foncier et domanial. Ce sont là, trois textes fondamentaux qui évoquent le droit des femmes à la propriété. La juriste Scholastique Olowolagba rappelle à l’attention de tous que la loi fondamentale dispose de l’égalité de droits pour tous les Béninois sans distinction de sexe. Le code des personnes et de la famille dispose des droits successoraux et de la répartition des héritages aux ayants droit selon différents cas de figures exposés au public. Le troisième texte de loi est l’arsenal juridique de gestion foncière au Bénin. A ce sujet, Françoise Agbaholou a invité les populations à faire les formalités nécessaires pour la sécurisation des terres. La Coordonnatrice de WILDAF-Bénin a surtout insisté sur le nécessaire recours aux cadres de règlement de litige domanial au niveau local avant toute action en justice pour maintenir la paix dans les familles.

Principal destinataire du plaidoyer de la fondation Konrad-Adenauer et le Réseau WILDAF-Bénin, Dada Gbèdonouzo Atchodji, le roi de Houègbo a félicité les visiteurs pour leur action qu’il juge bien pensée pour le développement communautaire et s’est engagé à la vulgarisation du message pour la reconnaissance du droit des femmes à l’accès à la terre. « C’est une initiative qui va permettre de lutter contre la pauvreté et de préserver la paix.  Ils sont venus nous voir pour parler du droit des femmes à la terre. Nous allons être leur porte-parole » a déclaré le roi dans une invitation aux dignitaires de sa cour.

Satisfait de l’accueil favorable reçu, Mounirou Tchacondoh, le coordonnateur de la Konrad-Adenauer-Stiftung promet de rester à l’écoute de sa majesté et de transmettre le message de son engagement au bureau régional de la fondation allemande basée à Abidjan.


Vous pouvez désormais commenter les articles en tout anonymat. toutefois tout commentaire deplacé sera simplement retiré. merci