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Bénin : plaidoyer pour l’accès des femmes à la terre à Zè-Tangnigbadji

Olivier Ribouis
publié le Oct 16, 2019

Pour la deuxième journée de plaidoyer dans le département de l’Atlantique pour l’accès des femmes à la terre, c’est à Zè-Tangnigbadji que s’est rendue une délégation de la fondation Konrad-Adenauer et du réseau WILDAF-Bénin qui a rencontré tête couronnée, dignitaires, notables chefs de familles et des femmes de la localité qui ont reçu favorablement le message.

konrad-adenauer-stiftung-acces-femmes-terre-benin-ze Sa majesté Hountomabougni, roi de Zè-Tangnigbadji

Le plaidoyer pour l’accès des femmes à la terre atteint Zè-Tangnigbadji. C’est dans cette localité du département de l’Atlantique que la fondation Konrad-Adenauer et le réseau WILDAF-Bénin sont allés à la rencontre de tête couronnée, dignitaires, notables chefs de familles et des femmes, mardi 15 octobre au deuxième jour de la tournée de plaidoyer pour l’accès des femmes à la terre qui dure jusqu’au vendredi 18 octobre.

Au lieu d’un palais, c’est plutôt sur une place publique que l’évènement s’est tenu permettant à des curieux d’écouter le message en faveur de la reconnaissance du droit des femmes à posséder et exploiter la terre en toute sécurité. Le sujet est délicatement exposé par Françoise Sossou Agbaholou et deux autres membres de son réseau d’ONG spécialisées dans la défense des droits de femmes, WILDAF-Bénin. Puis, l’objectif du projet « Un monde sans faim », financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération et du développement économique est précisé par Mounirou Tchacondoh, le Coordonnateur national de la fondation Konrad-Adenauer. Le projet, fait-il savoir, est pensé dans une stratégie de lutte contre « la famine, la malnutrition et la pauvreté » qui touchent beaucoup de personnes en milieu rural, notamment les femmes. Au-delà du Bénin, il est conjointement mis en œuvre au Burkina Faso et au Togo.

Pas de laïus savant devant les dignitaires et des habitants de ce village où coutumes et traditions gouvernent les faits et gestes. C’est avec la projection d’un téléfilm que le sujet va se laisser découvrir entièrement. « Pourquoi pas les Femmes ? », l’œuvre cinématographique réalisée par la fondation Konrad-Adenauer met en exergue la réalité de l’exclusion des femmes dans la répartition des héritages fonciers. Akossiba et Nonvignon, deux sœurs catégoriquement écartées par leurs trois frères dans le partage de trente-deux hectares de terres laissées par leur défunt père. Les deux sœurs n’avaient qu’à prendre acte du partage fait devant le fétiche Aziza en leur absence. Mais, éclairées par la fille de Akossiba au moyen des lois qui donnent plein-droit aux femmes et à part égale que les hommes sur le patrimoine hérité, elles vont porter l’affaire devant leur chef de collectivité et avoir gain de cause sous sa médiation.

A cœur ouvert

konrad-adenauer-stiftung-acces-femmes-terre-benin-ze Une femme de Zè-Tangnigbadji au plaidoyer de la Konrad-Adenauer-Stiftung

Comme on peut s’y attendre, ce téléfilm évoque bien une réalité patente dans la localité. Plusieurs témoignages de femmes et d’hommes le confirment. « Ce téléfilm parle bien d’une situation que je connais dans ma famille. Notre père n’a donné des terres qu’aux hommes avant son décès. Il n’avait rien laissé aux femmes. Maintenant que nous venons de nous rendre compte que nos sœurs ont aussi droit à la terre selon la loi, nous allons tenir une réunion pour en discuter », témoigne Thomas Zannou, un sénior, chef du culte Zangbéto. « Je suis une victime de ce dont parle le téléfilm. Notre père ne nous a laissé aucune terre en héritage parce que nous sommes des femmes. Pourtant, on nous réclame sous les cotisations familiales », se plaint, Françoise Houssou une des femmes.

D’autres femmes venues d’ailleurs ont aussi partagé leurs témoignages avec le public. Certaines d’entre elles, informées plus tôt dans le cadre des activités de sensibilisation de ce projet ont déjà gain de cause. Cette sensibilisation de Konrad-Adenauer et WILDAF-Bénin, selon Pascal Kinigbé, un chef de culte traditionnel, se présente aussi comme une occasion d’information à l’attention des jeunes hommes qui auront à partager les biens de leurs parents avec leurs sœurs. « C’est un sujet capital. Ce sont les jeunes pas beaucoup présents ici, qui auront à partager les biens avec leurs sœurs. Il faut qu’ils soient sensibilisés comme nous aujourd’hui », a-t-il dit.

Sa majesté Hountomabougni, le roi de Tangnigbadji est particulièrement heureux de cette séance de plaidoyer sur la place publique. Déjà au parfum du droit des femmes à la terre, le roi estime qu’il était nécessaire qu’on en parle avec les habitants de son village. Pour sa part, a-t-il assuré, toutes les dispositions seront prises avant sa mort pour mettre ses filles à l’abri de tout désagrément.

Lumière sur les lois

konrad-adenauer-stiftung-acces-femmes-terre-benin-ze Françoise Sossou Agbahoulou, Coordonnatrice nationale de WILDAF-Bénin devant les chefs coutumiers à Zè-Tangnigbadji

Le plaidoyer mené à Zè-Tangnigbadji comme dans plusieurs autres localités des départements de l’Atlantique et du Zou  est fondé par les lois  du Bénin. Solange Alitonou Bankolé, juriste membre de l’équipe de WILDAF attire l’attention sur trois principales lois : la Constitution, le Code des personnes et de la famille ainsi que le Code foncier et domanial. La loi fondamentale, rappelle-t-elle, dispose de l’égalité de tous les citoyens béninois sans distinction de sexe ni d’âge. Pour ce qui est du Code des personnes et de la famille voté depuis 2004, il donne également même droits aux hommes et aux femmes en matière successorale. Selon cette loi, explique la juriste, ¾ du patrimoine hérité est à partager entre les descendants du disparu sans aucune discrimination et le ¼ restant au conjoint survivant en cas de mariage légal. 

Tout en disposant de l’égalité de droits entres les descendants, la loi laisse également à leurs soins, la possibilité d’un partage consensuel qui peut permettre aux hommes d’avoir un peu plus de terre que les femmes. Avec cette sensibilisation a insisté Alitonou Bankolé, la fondation Konrad-Adenauer veut surtout préserver la paix dans les familles. En matière foncière, le code foncier et domanial voté en 2013 et modifié en 2017 dispose à cet effet, des organes locaux à consulter pour les transactions. Les Sections villageoises de gestion foncière (SVGF) et les Commissions de gestion foncières (CoGeF) installées par endroits sont les organes à solliciter pour les règlements amiables de différends fonciers. Les chefs de collectivités, les chefs coutumiers et autres autorités traditionnelles sont également investis du pouvoir de médiation. « Les batailles juridiques sont énergivores et budgétivores, il vaut mieux préférer la voie de la médiation et du consensus pour trancher les problèmes de terre », a renchéri Ginette Bonou, une autre membre de WILDAF-Bénin qui a également recommandé aux habitants de Zè-Tangnigbadji de formaliser toutes les transactions foncières et surtout de se faire établir l’Attestation de détention coutumière (ADC) à défaut du titre foncier pour sécuriser leurs propriétés.

Le plaidoyer, ont assuré les sages et notables de la localité sera suivi. « Nous avons des mesures pour que le message parvienne aux jeunes et à tout le monde dans notre village », a déclaré Daj Kanfodji Missihoun, président de l’Association des âgées pour le vieillissement actif à Tangnigbadji (APAVAT) qui regroupe des personnes de 55 ans et plus, dont sont membres tous chefs traditionnels de la localité sur qui la fondation Konrad-Adenauer et WILDAF-Bénin peuvent donc compter pour l’effectivité de l’accès des femmes à la terre.


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