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Bénin/Inondation: la galère des élèves d’un CEG à Lokossa

Reliou Koubakin (Coll)
publié le 1 novembre 2019

Plus d’une semaine que les cours ne sont plus délivrés au CEG 5 de Lokossa. Au grand dam des élèves qui craignent pour leur avenir.

lokossa inondation L'eau quitte progressivement la cour du CEG 5 de Lokossa...

 

Il est un peu plus de 8h au CEG 5 de Lokossa. Dans la cour du collège, les premiers rayons du soleil se jettent dans l’eau, signe annonciateur d’une journée clémente. Ce mardi 29 octobre, la météo affiche 26°c. Mais, ce jour-là, les pieds dans l’eau, les collégiens du CEG 5 de Lokossa espèrent que ce n’est pas le calme avant la tempête. Une tempête ou une pluie qui viendrait encore augmenter leur temps de repos forcé à la maison. Depuis le 21 octobre, il n’y a plus de cours délivrés dans cet établissement public. « Les professeurs ne viennent pas », me lance un élève qui a troqué son uniforme kaki contre un short et un tee-shirt.

L’eau règne en maître

Cet accoutrement est le plus adapté pour ne serait-ce que se donner, en allant s’asseoir sans aucun enseignant en salle, une impression de suivre les cours dans ce collège créé en 2007 dans le chef-lieu du département du Mono.

Pour les plus jeunes, il n’est pas facile de se livrer à un tel exercice chimérique. « Au début, l’eau me parvenait jusqu’aux hanches. Je me suis sentie mal », raconte une élève en classe de 4ème, plutôt grande de taille. Si l’eau n’a pas franchi les portes des deux modules de quatre classes et le bâtiment de l’administration, elle a élu domicile dans toute la cour et les alentours du collège.« Ce jour (mardi 29 octobre, ndlr), je suis allée là un peu après 7h. Le niveau de l’eau a légèrement baissé mais il n’y a pas un espace où il n’y a pas d’eau dans la cour du collège », raconte Rosalie Tokou, la directrice. Cependant, il n’est pas question de demander aux enfants de reprendre les classes, car « les élèves ne peuvent pas circuler et ce n’est pas prudent », poursuit-elle. Une note des autorités a interdit les cours dans les établissements inondés des départements du Mono et du Couffo. A la tête du collège d’enseignement général depuis 2014, Rosalie Tokou affirme n’avoir jamais vu l’eau envahir les lieux avec une telle ampleur.

Voies d’accès impraticables

Depuis le 21 octobre, jour du pic de l’inondation du collège, elle informe qu’elle s’y rend tous les jours pour évaluer la situation. « A un moment donné, le niveau de l’eau a atteint mes cuisses, j’ai été obligée de faire demi-tour. L’eau avait envahi toute la cour du collège, les escaliers étaient englouties dans l’eau, on ne pouvait rien voir d’autre que de l’eau. La terrasse et les salles de classes ont été épargnées », rapporte Rosalie Tokou.  

benin inondation lokossa ...Difficilement accessible

 Situé dans le village d’Atikpéta, à une dizaine de minutes d’une voie goudronnée, le CEG 5 de Lokossa, l’un des treize que compte toute la commune, repousse les enfants déjà avec l’état de sa principale voie d’accès. Sur la route, se trouvent au moins trois flaques d’eau. Les véhicules font du mieux qu’ils peuvent pour circuler. Les motos aussi pour les conducteurs les plus téméraires. D’autres motocyclistes coupent le moteur et traversent les flaques d’eau trainant leur véhicule. Parmi ceux qui traversent ces eaux, chaussures en main et pantalons ou robes soulevés, on retrouve aussi des élèves. Les voies de contournement sont tout aussi impraticables.  Au niveau d’une des flaques d’eau, Mariette accuse le fleuve Mono.

En attendant

Depuis plus d’une semaine, les élèves espèrent une reprise rapide des cours. Pour l’instant, ils sont un peu livrés à eux-mêmes. Comme Josias, les élèves en classe d’examen craignent déjà pour leur résultat au BEPC à la fin de l’année scolaire. « Je suis un peu mal dans la tête, ça va être difficile pour moi, je ne sais plus quoi faire », dit-il impuissant. Le premier délégué du CEG 5 de Lokossa, David Hededzi évoque aussi sa déception. Il relève que, que pendant que les élèves des autres établissements avancent dans le programme, ses camarades et lui ne font aucun cours depuis quelques jours.

Sandrine, élève en classe de 3ème, s’occupe à autre chose en attendant le départ de l’eau du CEG. « Comme ma maman est coiffeuse, je reste à la maison pour faire les tresses avec elle », déclare-t-elle souriante. Cette jeune fille veut en revanche reprendre les cours.

Entre attente et détermination

Depuis le début des inondations, Rosalie Tokou avoue ne pas avoir baissé les bras. De plus, ses apprenants lui tiennent à cœur, confesse-t-elle. La directrice du CEG dit avoir pensé à l’option d’une école primaire publique à Akodédjro, non loin du CEG 5 de Lokossa pour permettre aux élèves en classe d’examen de suivre les cours. Finalement, son intention n’a pas été matérialisée compte tenu des risques d’une telle délocalisation ponctuelle. « Je suis là dans l’espoir que l’eau se retire et que les activités puissent reprendre normalement », avance-t-elle impuissante.

 


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